Greenkeeping – de la faux au robot de tonte
Aux débuts du golf, l’entretien des greens consistait à tondre le gazon de nos pâturages suffisamment court pour pouvoir y jouer. Aujourd’hui, greenkeeping est un métier reconnu qui va bien au-delà de la tonte du gazon et du nettoyage des bunkers. Au troisième millénaire, les greenkeepers sont responsables de l’équilibre entre la nature, la gestion et le plaisir des golfeurs
Sans greenkeepers, pas de terrain de golf. Aussi importants que soient les professionnels de l’entretien des parcours pour notre sport, ils n’occupent pas le devant de la scène. Leur travail s’effectue rarement sous les yeux des golfeurs, mais souvent tôt le matin ou en fin de journée. Les annales des clubs de golf répertorient soigneusement les noms des présidents et des capitaines, et on y trouve encore certains classements de tournois datant des années fondatrices. Mais les références aux greenkeepers sont rares.
Chevaux, moutons et corvées
Dans l’Alpine Post du 1er août 1891, on pouvait lire à propos du premier parcours de golf de Suisse, celui de Saint-Moritz: «Le plus grand soin a été apporté à l’entretien parfait du green. On a bien roulé, et l’herbe a été coupée court. Cependant, comme le foin poussait encore récemment sur les nombreux terrains sur lesquels on va bientôt putter, il ne faut pas s’attendre à des miracles pour l’instant.» Quelques jours plus tard, l’Engadine Golf Club a été fondé et un comité ainsi qu’un sous-comité pour le parcours ont été élus. Ce dernier veillait à ce que «le green soit tondu et les drapeaux plantés». Quatre ans plus tard, dans le cadre du 3e Engadine Amateur Open, «l’excellent travail du gardien du terrain Sabatelli» a été mentionné.
Les premières années du golf en Suisse ont été marquées par le travail de corvée des membres des comités. A Samedan, le Dr John F. Patterson a été responsable du terrain pendant les 30 premières années (!) d’existence des 18 trous. De 1911 à 1917, il a également occupé le poste de président.
Au cours de la première moitié du 20e siècle, la main-d’œuvre locale était sollicitée pour effectuer les travaux physiquement exigeants sur les parcours. Dans l’histoire du Golf Club Bad Ragaz, on peut lire pour la période autour de 1930: «Les établissements de bains et de cure ont engagé un pro de golf. Il ne donnait pas seulement des cours de golf... Deux ouvriers placés sous sa supervision semblent avoir suffi pour l’entretien du terrain.»

Dans la biographie consacrée à Donald Harradine, architecte de golf et père de la formation des greenkeepers en Europe continentale, Götz Mecklenburg donne un aperçu de l’entretien des parcours au début du 20e siècle: «Les tondeuses pour fairways étaient tirées par des chevaux qui étaient chaussés de housses en cuir afin d’éviter d’endommager le gazon. Les greens, en revanche, étaient tondus à l’aide de tondeuses à cylindre manuelles, qui n’étaient au début équipées que d’un moteur pour le mécanisme de coupe, mais devaient encore être poussées. Il existait des machines et des appareils pour toutes les tâches d’entretien, mais ceux-ci exigeaient un effort physique considérable.»
Les premières tondeuses à moteur
L’invention de la tondeuse à gazon est attribuée à Edwin Budding, un ingénieur anglais. Le premier modèle doté d’un moteur à essence a été commercialisé dès 1914. Budding a déposé un brevet pour sa tondeuse à cylindre le 31 août 1930. Les premières tondeuses autoportées ont été développées dans les années qui ont suivi. En 1949, les premiers prototypes de tondeuses à lame rotative ont été présentés à Hanovre (Allemagne), mais leur production en série n’a commencé qu’au milieu des années cinquante. Les premières tondeuses robotisées ont fait leur apparition sur le marché dans les années 1990 et, depuis environ 2020, elles sont de plus en plus utilisées sur les terrains de golf.
Lors de la construction et de l’entretien des premiers terrains de golf en Suisse au début du 20e siècle, les tondeuses à gazon ont toutefois causé moins de soucis aux responsables que les graminées. «L’un des problèmes était la production de semences; ce n’est que dans la seconde moitié du 19e siècle que des mélanges de semences pour différents domaines d’application ont été commercialisés. Dans le même temps, on a commencé à arroser les pelouses et à les fertiliser davantage avec des matières organiques», écrit Mecklenburg dans la biographie de Harradine. Ces constat se réfère toutefois à la Grande-Bretagne, l’Europe continentale étant nettement en retard en matière d’entretien des parcours et des greens.
L'extrait suivant, tiré de l’histoire du Golfclub Interlaken-Unterseen rédigée par Urs Zaugg, montre à quel point cette question était abordée de manière pragmatique en Suisse en 1900: «L’exploitation agricole qui s’ajoutait au jeu de golf a été confiée à l’agriculteur Hans Roth à condition qu’il ‘maintienne’ l'herbe à un niveau raisonnable, c’est-à-dire à l’aide d’un troupeau de moutons.»

Les greenkeepers arrivent, les faux restent
L’après-guerre a fait bouger les choses dans le monde du golf suisse et a entraîné un changement dans l’entretien des parcours. En Europe continentale, les clubs ont engagé les premiers greenkeepers. Il s’agissait pour la plupart de greenkeepers «autodidactes» ou d’anciens agriculteurs qui mettaient leur terrain à disposition pour le golf et s’occupaient de l’entretien du parcours. Au milieu du 20e siècle, trois personnes suffisaient pour entretenir 18 trous, en tondant régulièrement la pelouse et en ajoutant de temps en temps un peu d’engrais et d’eau. Seuls quelques clubs, généralement renommés, pouvaient s’offrir les services d’un greenkeeper anglo-saxon ou américain formé.
Dans la chronique du Golfclub Arosa rédigée par Hans Danuser, on peut lire qu’en mai 1946, le premier contremaître de golf, appelé «golf-keeper», a été engagé pour les cinq mois d’été. Il s’agissait de Walter Scheuber, originaire d’Arosa. Il percevait un salaire de 650 francs par mois pour une journée de travail de dix heures. Donald Harradine avait conçu le parcours 9 trous et supervisé sa construction; Scheuber était sous ses ordres. Harradine laissait beaucoup de liberté aux greenkeepers d’Arosa et leur accordait toute sa confiance. Il se contentait de leur enseigner les directives nécessaires à leur travail. Au début, l’arrosage des greens était assuré à l’aide d’une boille à lait de 40 litres, qui servait à transporter l’eau vers les greens 2, 4, 5 et 7. A partir de 1960, la tonte à Arosa était motorisée, et à partir de 1965, une tondeuse de green motorisée était également disponible.

Franco Castelanelli, head greenkeeper du Lucerne Golf Club de 1951 à 1997, se souvient dans la chronique du club rédigée par Martin Holz à l’occasion du centenaire en 2003: «Je suis arrivé à Lucerne en 1951, à l’âge de 19 ans. Mon père y avait repris le poste de greenkeeper un an auparavant. Au cours des dix années suivantes, il m’a appris le métier de l’entretien des parcours. Nous étions trois ouvriers sur le terrain, le club ne pouvait pas s’offrir plus à l'époque.» Ils dormaient tous les trois dans une chambre du club house. «En 46 ans de travail comme greenkeeper, peu de choses ont changé dans l’entretien des parcours. A l’époque déjà, les greens et les fairways étaient tondus plusieurs fois par semaine, régulièrement fertilisés, arrosés et aérés. Un travail éreintant. La seule machine motorisée était un tracteur avec lequel nous tondions les fairways. Pour les greens et les roughs, en revanche, nous n’avons eu pendant des années que des tondeuses à main et des faux.» Si la pluie empêchait de tondre pendant plusieurs jours, «un deuxième ouvrier devait être attelé à la tondeuse à main avec une corde pour fournir une force de traction supplémentaire». Jusque dans les années 1970, l’arrosage des greens du Dietschiberg se faisait à la main à l'aide d’un arrosoir.
La chronique du Golfclub Arosa donne un aperçu du parc de machines des débuts: «Les premières machines utilisées pour l’entretien du terrain n’avaient pas de moteur... La tondeuse de green, par exemple, était une tondeuse à chocs de 60 cm de large. Elle ressemblait aux tondeuses à gazon sans moteur des temps modernes. Les fairways devaient également être tondus avec une tondeuse à chocs.» On trouve à ce sujet une jolie anecdote datant de 1958, racontée par Godi Lanz, alors greenkeeper: «Il nous fallait deux heures pour tondre le neuvième fairway. Pendant ses vacances, Hansjörg Zinsli, étudiant à Arosa, poussait la tondeuse en courant le long des fairways. Cela faisait partie de son entraînement de ski de fond pour l’hiver suivant.»


Dans la biographie de Donald Harradine on trouve des notes sur l’entretien des greens entre 1948 et 1972. L’architecte de golf d’origienn britannique s’était installé à Caslano (Tessin) et avait été chargé de gérer le parcours 9 trous de Lugano et d’agrandir le site de 9 trous supplémentaires. Götz Mecklenburg écrit à propos de cette époque: « Les problèmes liés à l’entretien des greens faisaient également partie du quotidien et devaient être résolus. Lorsque le millet a commencé à envahir les greens, Don a engagé une brigade de femmes qui ont éliminé le millet à la main, un travail fastidieux. Son épouse Babette avait plus de chance: elle était chargée de tondre les fairways avec un vieux tracteur dont il fallait remplir le réservoir d’eau de refroidissement toutes les dix minutes environ.»
Plus de machines, des exigences toujours plus élevées
A partir des années soixante, de plus en plus de machines ont été utilisées pour faciliter le travail des greenkeepers. Cela impliquait des coûts d’investissement élevés et un espace correspondant à l’atelier de maintenance. Lors de la construction du nouveau parcours, le Golfclub Interlaken-Unterseen a fait l’acquisition (en 1966) des machines suivantes: une tondeuse à gazon collective de marque Ransomes, une tondeuse à gazon à moteur Ransomes (modèle Auto-Certes) et une tondeuse à gazon à moteur Locke pour les avant-greens. Coût: 45’695 francs. Vingt ans plus tard, un nouvel atelier a été construit, car l’ancien était trop petit «pour le grand nombre de machines coûteuses nécessaires à l’entretien des fairways, des greens, des bunkers, etc.», selon la chronique du club. C’était l’èpoque de la deuxième moitié des années 1980, lorsque de nombreux clubs suisses ont agrandi leurs ateliers afin de pouvoir abriter leur précieux parc de machines et de disposer d’un espace pour leur entretien.

Franco Castelanelli se souvient des dernières années de son activité au Dietschiberg: «A cette époque, grâce aux nombreuses nouvelles machines, le travail n’était plus aussi pénible physiquement. Mais le temps de travail n’a guère diminué, car les exigences en matière d’état du terrain étaient de plus en plus élevées. De plus, les nouvelles machines confortables et les engrais sophistiqués ne garantissent pas des greens et des fairways parfaits. Même si les engrais sont aujourd’hui adaptés avec précision aux besoins spécifiques grâce à des analyses régulières des échantillons de sol, le bon moment pour la fertilisation reste le facteur décisif et donc aussi une question de chance.»
Jusque dans les années 1990, les produits phytosanitaires de synthèse à action systémique étaient utilisés sans trop de scrupules en Suisse. Martin Sax, conseiller en protection des végétaux et membre du comité de la Swiss Greenkeepers Association (SGA), se souvient: «Les greenkeepers pulvérisaient les mêmes produits que les agriculteurs. A l’époque, l’emballage indiquait les utilisations interdites d’un produit, tandis qu’aujourd’hui, l’étiquette précise les utilisations autorisées.» L’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) a répertorié sur son site (psm.admin.ch) tous les produits phytosanitaires autorisés en Suisse, en précisant comment, où et à quelle dose ils peuvent être utilisés.

La nature au centre des préoccupations
Au milieu des années 1990, la protection de la nature est devenue une priorité. Les greenkeepers et les responsables politiques ont commencé à se demander si l’utilisation des produits phytosanitaires et, par conséquent, le traitement de la nature étaient bénéfiques à long terme pour les terrains de golf et l’environnement. «A l’époque, les premiers produits destinés à soutenir et à renforcer les plantes sont apparus sur le marché. Depuis lors, l’objectif est d’avoir des plantes aussi résistantes que possible sur nos parcours. Nous luttons pour avoir des plantes fortes, et non plus contre les maladies», explique Martin Sax. L’utilisation d'engrais a également considérablement changé, voire diminué, au cours des deux premières décennies du 21e siècle. «A environ un tiers de la quantité habituelle auparavant», précise Martin Sax. Alors que dans les années 1990, on épandait encore 40 à 42 grammes d’azote pur par mètre carré et par an sur les greens, 10 à 15 grammes suffisent aujourd’hui, «mais uniquement en combinaison avec des fortifiants pour plantes». On a ainsi assisté à un passage des nutriments synthétiques aux nutriments biologiques.

Au début du nouveau millénaire, la technologie a fait des progrès importants. L’introduction des «green rollers» (rouleaux de greens) et des premiers aérateurs à grande vitesse constituent des étapes importantes. Ces deux innovations ont permis de gagner un temps considérable dans l’entretien des greens: le roulage ou le lissage des greens permet de ne les tondre qu’un jour sur deux sans nuire à la qualité du jeu. Les systèmes de nettoyage automatiques, les cabines à pression positive, les robots de ramassage des balles de practice et enfin les tondeuses robotisées permettent de travailler plus efficacement et de gagner du temps. «La technologie GPS, de plus en plus fiable, permet aux tondeuses sans conducteur de tondre pendant la nuit. L’optimisation surveillée par GPS de l’utilisation des machines, ainsi que la température du sol et le taux d’humidité de chaque green, également surveillés par GPS, associés bien sûr à des systèmes d’arrosage de haute précision, sont des avancées de notre époque», écrivait Daniel Schlup (Toro Suisse) en 1997. Au milieu des années 2000, les premiers golfs en Suisse ont commencé à utiliser la fertilisation guidée par GPS. Cela permet une utilisation extrêmement précise, économique et donc respectueuse de l’environnement des produits d’entretien.
En 2017, la Confédération a présenté son plan d’action pour les produits phytosanitaires, dont l’objectif est de réduire les risques de 50% d’ici 2027. En 2020, Swiss Golf a formulé l’objectif suivant dans sa stratégie Golf Course 2030 Switzerland: «2030: les exploitants de parcours de golf suisses sont en mesure de se passer de pesticides synthétiques.» Et d’ici 2035, le golf veut devenir totalement neutre en CO2 dans notre pays.


Le savoir-faire et l’expérience restent indispensables
Yannick Weber, head greenkeeper au Golf & Country Club de Zurich, a expliqué en 2023 au magazine Swiss Golf en quoi consiste le métier moderne de greenkeeper: «La tonte n’est qu’une petite partie de notre travail – et son couronnement.» La tâche principale du greenkeeping est de gérer un terrain de sport qui ne se compose pas seulement de pelouses coupées court, entretenues de manière intensive et donc travaillées quotidiennement, mais aussi de surfaces exploitées de manière extensive. Ces dernières sont très précieuses du point de vue de la biodiversité et ne nécessitent pas d’entretien quotidien, mais régulier (taille des arbres en hiver, entretien des biotopes et des haies tout au long de l’année, etc.).
Entretenir un terrain de sport, c’est entrerenir le sol. «Nous travaillons de bas en haut, c’est-à-dire que nous commençons par le drainage et progressons vers la plante en passant par le système racinaire.» Décomposé en étapes, le travail consiste à aérer le sol evec un ameublissant en profondeur, à remplacer la terre avec une aérification au carottage, à contrôler la matière organique (feutre) et à observer les conditions météorologiques et la pression des maladies qui en résulte sur les graminées du gazon. Les greenkeepers y remédient en créant et en multipliant des populations de micro-organismes utiles tels que des bactéries et des champignons. «Lorsque ces micro-organismes sont actifs, l’entretien du terrain nécessite moins de ressources – engrais, eau, produits phytosanitaires.» Une fois arrivés à la surface du terrain, les greenkeepers s’occupent de l’entretien des bunkers et des travaux de détail (découpe des arroseurs, taille des bordures, nettoyage des surfaces herbeuses) avant de commencer la tonte.


Les greenkeepers ne s’occupent pas seulement des plantes et des pelouses, ils sont également responsables du système complexe d’irrigation et de drainage. «Aujourd’hui, l’irrigation est généralement commandée numériquement, mais l’homme doit alimenter l’ordinateur en données pour que l’arrosage automatique fonctionne efficacement», explique Yannick Weber. Pendant les mois chauds de l’été, les greens et les tees sont en outre arrosés à la main – «cela demande certes beaucoup de main-d’œuvre, mais permet d’économiser une grande quantité d’eau précieuse en réduisant l’irrigation automatique». L’entretien, l’assainissement et l’extension du réseau de drainage, qui évacue l’eau du terrain en période d’humidité, incombent également au greenkeeping.
En termes de temps consacré, le deuxième poste le plus important dans l’entretien des greens est l’atelier: 15% du travail y est effectué. Cela va du service et de la maintenance du parc de machines en hiver aux réparations et petites transformations des machines, en passant par l’affûtage des lames pendant la saison. Le travail administratif prend également beaucoup de temps: dans l’équipe de Yannick Weber, il représentait 8% du temps de travail total en 2022. Cela s’explique par le fait que «la numérisation nécessite une saisie régulière des données».
Aujourd’hui, les greenkeepers ne collectent pas seulement de nombreuses données, ils disposent également d’un volume croissant de données qu’ils doivent surveiller, et dont ils doivent tirer les bonnes conclusions et prendre les mesures qui s’imposent. «Actuellement, il faut un suivi météorologique plus détaillé et plus précis qu’il y a 30 ans», explique Johannes Vogt, head greenkeeper au Golf Club Klosters et président de la SGA de 2007 à 2012. En effet, les nutriments biologiques des plantes sont plus sensibles aux températures trop élevées ou trop basses, à la sécheresse et à l’humidité.
Les technologies les plus modernes peuvent aider le greenkeeping, mais elles ne pourront jamais remplacer l’expérience et le doigté d’un bon (head) greenkeeper. Après son départ à la retraite en 1997, Franco Castellanelli a dit: «Les graminées sont des êtres vivants très sensibles.» Il avait appris d’un ancien greenkeeper italien la règle selon laquelle la hauteur de coupe des greens ne devait être réduite que de 0,2 mm tous les dix jours. «J’ai fait d’excellentes expériences avec cette méthode. J’ai appris moi-même de nombreuses autres astuces au fil des ans et je les ai en partie transmises à mon successeur, s’il avait une oreille attentive.» Une autre règle d’or du greenkeeping stipule que l’herbe ne doit être coupée que d’un tiers de sa longueur (ou de sa hauteur) totale, mais que deux tiers de la longueur de l’herbe doivent rester intacts.
IGA – la Suisse, plaque tournante
L’histoire du greenkeeping en Suisse – et sur le continent européen – est aussi celle d’un nouveau métier. Si la Suisse a joué un rôle de pionnier en Europe en matière de formation et de perfectionnement des greenkeepers, c’est grâce à un homme: Donald Leslie Harradine (1911-1996). Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce Suisse d’adoption a construit de nombreux parcours de golf en Europe et tenait beaucoup à ce que ces installations soient entretenues de manière professionnelle. Harradine a très tôt compris que le travail des greenkeepers était d’une importance capitale pour un terrain de golf. Un terrain mal entretenu réduit le plaisir de jouer des golfeurs et diminue également les performances des architectes de golf, par exemple lorsque les aménagements du terrain ne sont pas clairement visibles après leur construction. Harradine avait toujours encouragé les greenkeepers à jouer eux-mêmes au golf et à discuter des zones d’atterrissage des balles. Cétait d’ailleurs l’une de ses phrases préférées: «Les dangers pour un parcours de golf sont l’eau, les engrais et le comité du club.»

Comme il nétait pas possible dans l’après-guerre d’apprendre le métier de greenkeeper dans une école, Don Harradine a pris en main la formation et a fondé l’International Greenkeeper Association (IGA) les 25 et 26 octobre 1969 à Caslano (Tessin). Elle regroupait des greenkeepers de Suisse, d’Allemagne, d’Autriche et de France. L’IGA était une association de droit suisse et Don Harradine en était son premier président. Avec son épouse Babette Harradine, il organisait des journées de formation et de perfectionnement, ainsi que des cycles de formation et des assemblées générales auxquels participaient des greenkeepers de nombreux pays européens. A son apogée, l’IGA comptait plus de 500 membres et répondait de tous les greenkeepers d’Europe continentale.
A partir de 1970, l’IGA publiait trois fois par an un journal spécialisé, The International Greenkeeper, remplacé en 1998 par le Greenkeepers Journal, qui paraît encore aujourd’hui. Du 6 au 9 novembre 1970, la première réunion annuelle de l’IGA, considérée comme une occasion de formation continue, s’est tenue à Caslano. Au programme figuraient des conférences et des travaux pratiques. Les 68 participants venaient d’Autriche, d’Allemagne, d’talie, de Yougoslavie, de France et de Suisse. Un an plus tard, le premier cours de greenkeeping a été organisé (également à Caslano). Du 4 au 8 août 1975, le premier examen théorique et pratique a eu lieu à Ratisbonne (Allemagne), conformément au règlement d’examen de l’association écossaise des greenkeepers. Douze greenkeepers de quatre pays ont obtenu leur diplôme. Le participant suisse Jakob Kressig sen. du Golf Club Bad Ragaz a réussi l’examen. Donald Harradine était l’une des trois personnes responsables de la formation.
En 1980, l’IGA a eu pour la première fois l’occasion d’organiser un cours de greenkeeping à Papendal (Pays-Bas). En 1985, les participants au cours ont reçu pour la première fois le premier manuel de greenkeeping, comprenant 209 pages, traduit en allemand. Les diplômés devaient répondre aux questions pour chacun des 30 chapitres, et les greenkeepers qualifiés recevaient à la fin un «Certificate in Green-Keeping». Pierre Ambresin, Victor Haesler, François-Louis Rey, Bruno Edelmann, Josef Werlen et Rolf Ruchti étaient présents à Papendal et ont obtenu le certificat.

Les cours de greenkeeping organisés par l’IGA ont remporté un vif succès, mais il n’a pas été possible à l’époque d’obtenir la reconnaissance officielle du métier de greenkeeper. La collaboration avec l’école DEULA Rheinland à Kempen (Allemagne) a ouvert la voie à cette reconnaissance. Lorsque la Chambre d’agriculture de Rhénanie a approuvé le cours et les documents d’examen en 1988, cela a marqué une avancée décisive vers une formation professionnelle sanctionnée par un diplôme reconnu par l’État. En février 1989, la première formation a débuté à l’école DEULA Rheinland. Beni Kreier, du Golf & Country Club Schönenberg, fut le premier Suisse à obtenir son diplôme de greenkeeper certifié par l’Etat à la DEULA Rheinland en 1992.

Or l’IGA touchait à sa fin. Après le départ de Donald Harradine, responsable des traductions, des problèmes linguistiques ont fait que pratiquement seuls les greenkeepers des pays germanophones participaient encore aux réunions de l’IGA. Les greenkeepers et les exploitants d’installations ont cherché des possibilités de formation dans leurs propres pays. Cette évolution a remis en question les activités de l’IGA. Lors de la réunion de 1991, il a fallu constater que les greenkeepers autrichiens avaient fondé leur propre association. L'Allemagne a suivi en 1993. L’IGA a certes continué d’exister provisoirement, mais la dernière réunion avec des exposés techniques, des visites et le championnat de golf IGA a eu lieu à Interlaken en 1996. Afin de continuer à entretenir le réseau international et de poursuivre l’échange de connaissances au-delà des frontières nationales, les associations de greenkeepers ont lancé en 1999, après consultation de la famille Harradine, un tournoi de golf pour leurs membres: le Donald Harradine Memorial Trophy. Celui-ci se déroule désormais en alternance dans l’un des pays germanophones et toujours sur un parcours construit par Donald Harradine. Le tournoi sur invitation pour les greenkeepers a suscité beaucoup d’enthousiasme et les soirées étaient de grands événements sociaux, sans pour autant négliger l’échange de connaissances. Cependant, compte tenu du changement climatique et d’autres défis, il ne suffisait plus de jouer au golf ensemble.
Le premier Donald Harradine Memorial Trophy a eu lieu en 1999 à Seefeld (Autriche), puis Interlaken, Lenzerheide, Bad Ragaz et Arosa, entre autres, ont accueilli ce tournoi. Le dernier Donald Harradine Memorial Trophy a été disputé en 2016 à Bad Kleinkirchheim (Autriche), car le sponsoring manquait pour mettre sur pied d’autres éditions. Cependant, l’équipe de planification dirigée par Peter Harradine travaille à la relance du tournoi en 2026 sous le nom de «Don Harradine Memorial» et sous l’égide de la Fédération européenne des greenkeepers (FEGGA). L’objectif du Don Harradine Memorial est de transmettre de nouvelles connaissances sur l’entretien et la maintenance des terrains de golf comme surfaces intensives et extensives.


La FEGGA a été fondée en mars 1996 à Amsterdam en tant qu’organisation à but non lucratif. Ses membres fondateurs provenaient de onze nations, dont la Suisse. L’association sert de plateforme de communication aux associations nationales de greenkeeping. Depuis sa création, la FEGGA n’a cessé de croître et joue désormais un rôle central dans le secteur du golf. Elle soutient la formation et le perfectionnement des greenkeepers et l’acceptation de la profession dans toute l’Europe. En outre, la FEGGA traite diverses questions d’actualité et représente les intérêts de ses membres dans le cadre de la législation européenne.

1991/1992: création de la Swiss Greenkeepers Association
Lors de la conférence de l’IGA à Düsseldorf en 1991, les greenkeepers suisses présents ont chargé Martin Gadient, directeur du Golfclub Interlaken-Unterseen, avec le soutien de Gilbert Ayer, de prendre contact avec le comité de l’association francophone des greenkeepers suisses et de travailler à la création d’une association nationale. Sept greenkeepers (Bruno Edelmann, Erwin Heim, Josef Ladner, Walter Lisibach, Andreas Regez, Rolf Ruchti, Josef Werlen) et deux invités ont accepté l’invitation de Martin Gadient à l’assemblée constitutive (au buffet de la gare de Zurich) le 3 mars 1992.
Entre-temps, on avait appris que les greenkeepers de Suisse romande avaient fondé une association à Marseille en novembre 1991. Convaincus qu’il ne devait y avoir qu’une seule organisation de greenkeepers en Suisse malgré la barrière linguistique, ils ont cherché à entrer en contact avec leurs collègues romands. Les deux comités se sont réunis le 23 mars 1992 au Môtel de la Gruyère pour fonder l’association suisse des greenkeepers. Celle-ci a été baptisée Swiss Greenkeeper’s Association (SGA). Etaient présents lors de cette séance historique: Sitzung François-Louis Rey (Crans-sur-Sierre), Ian Tomlinson (Lausanne), Pierre Ambresin (Villars), Gilbert Ayer (représentant des fournisseurs), Martin Gadient (Interlaken-Unterseen), Erwin Heim (Bad Ragaz) et Sepp Werlen (Zumikon).
Il a été convenu que les sections auraient les mêmes statuts, mais seraient autonomes dans l’élaboration de leur programme. Les comités devaient se réunir au moins une fois par an et l’un des deux présidents de section devait assumer le rôle de président central et représenter la SGA à l’extérieur. Martin Gadient a été élu premier président central, suivi par François-Louis Rey (aujourd’hui président d’honneur de la SGA). Tous deux ont présidé jusqu’en 2004 les sections de Suisse alémanique et de Suisse romande et ont dirigé la SGA nationale pendant toute cette période. La présidence centrale alternait périodiquement entre la Suisse romande et la Suisse alémanique.

Une évolution réjouissante
La SGA a connu un développement réjouissant: fin 1993, 39 greenkeepers étaient déjà inscrits comme membres actifs dans toute la Suisse et 27 des 45 clubs de golf de l’époque soutenaient l’association. La première manifestation commune des deux sections a été la première expo Greenkeeping, qui s’est dérouleé le 12 avril 1994 (par mauvais temps) sur le parcours du Golfclub Interlaken-Unterseen. Lors de cette journée d’exposition, environ 200 visiteurs ont pu découvrir les offres d’une quinzaine d’entreprises – un succès tant pour les greenkeepers que pour les entreprises. Cette manifestation a lieu tous les deux ans depuis lors et jouit d’une grande popularité. Depuis 2004, elle n’a plus lieu sur un terrain de golf, mais dans les halls du centre d’exposition Thun-Expo. Aujourd’hui, environ 35 entreprises profitent de cette occasion pour se présenter à quelque 350 visiteurs.
Le 27 octobre 1994, l’assemblée générale de la SGA alémanique a été associée pour la première fois à une journée de formation. C’est ainsi qu’est née la conférence d’automne, qui se tient encore aujourd’hui et connaît un grand succès. La SGA a continué à se développer. En 1999, elle comptait 90 membres actifs. En Suisse romande également, le développement a été réjouissant. Les membres ont participé chaque année à des séminaires afin de compléter leur formation et tous sont abonnés à des revues spécialisées –par exemple, le Green Magazin – et à des ouvrages spécialisés. Le livre d’Alain Dehaye sur les Maladies du gazon est une lecture obligatoire pour tous les greenkeepers de Suisse romande. Dès le début, la section francophone a été en contact avec des personnes actives dans le domaine de l’entretien des greens (par exemple les écoles de Neuvic-Dunkerque) et des espaces verts. De 11 membres en 1991, le nombre de membres romands est passé à 43 en cinq ans. Lors du 25e anniversaire en 2017, la section comptait environ 90 membres. Il faut noter que tous les clubs de golf de Suisse romande et du canton du Tessin ont toujours soutenu l’association, ce qui n’était pas le cas en Suisse alémanique.

En 1998, les Romands se sont révélés précurseurs en matière de formation continue. François-Louis Rey, Jean-Bernard Mittaz et Pierre Ambresin ont obtenu en 2002 le certificat Golf Course Superintendent du GTC (Greenkeepers’ Training Committee). En 2003, ce trio s’est rendu à Manchester et a été reconnu comme assesseurs par le responsable de la formation du GTC, David Golding, et le président de la FEGGA, Dean Cleaver.
Passages de témoin
Avec les démissions du président Martin Gadient et du secrétaire Carlos Lang en 2004, une époque a pris fin en Suisse alémanique. Gadient avait apporté le professionnalisme nécessaire à l’association. Son successeur fut Ruedi Eberle, directeur d’exploitation et head greenkeeper au Golf Gonten Appenzell. Il resta en fonction jusqu’en 2007, puis Johannes Vogt (GC Klosters) prit la présidence et dirigea l’association jusqu’en 2012. Les deux Donald Harradine Memorial Trophies, qu’il a mis sur pied (Bad Ragaz 2008 et Arosa 2012), avec plus de 130 greenkeepers et invités venus de huit pays, ont marqué son mandat. Mais le point d’orgue fut la conférence FEGGA 2013, que son équipe a eu le privilège d’organiser à Zurich.
En Suisse romande également, un passage de témoin a eu lieu en 2004: François-Louis Rey (superintendant GC Crans sur Sierre, puis Ascona) a démissionné comme président de la section romande et de la SGA. Au cours de sa présidence active, il avait organisé divers séminaires pour la formation des head greenkeepers, des mécaniciens et des jardiniers et avait toujours oeuvré pour que la formation dans tous les domaines de la gestion des terrains de golf soit une priorité. Pierre Ambresin (superintendant GC Villars, puis Montreux) a pris la relève pour les cinq années suivantes en tant que président central, ainsi que trésorier et président de la section romande. Depuis la création de l’association, il s’est engagé dans la formation et l’organisation des championnats annuels des greenkeepers. En 1998, Ambresin a représenté la Suisse lors du grand tournoi international de match play des greenkeepers, la Hayter Ltd. International Cup Contacts, à Atlanta (USA). Ce tournoi se joue en format Ryder Cup (continent américain contre le reste du monde). De 2008 à 2012, Renato Milani (head greenkeeper au GC Verbier) a présidé la section romande et géré les finances de la caisse centrale.

En Suisse alémanique, Johannes Vogt a cédé la présidence à Marcel Siegfried (GC Bad Ragaz) en 2012, après cinq années couronnées de succès. La même année, Norbert Daverat (GCC Neuchâtel) a assumé é la fois la présidence romande et centrale. A l’occasion du 25e anniversaire de la SGA, Marcel Siegfried a déclaré: «Les greenkeepers suisses ont développé une nouvelle confiance en soi et sont aujourd’hui appréciés comme des professionnels compétents et des interlocuteurs privilégiés.» A l’automne 2017, Siegfried a cédé la présidence à Pascal Guyot, head greenkeeper au Golfparc Moossee. Ce dernier est également resté cinq ans en fonction et a passé le relais à l’automne 2022 à Lukas Andreossi, head greenkeeper au Golf Trainings-Park Augwil.
Depuis 2010, la SGA cherche à collaborer avec ses collègues du monde du football. Les défis sur les terrains de golf et de foot sont similaires: dans les deux cas, il faut entretenir le gazon. Martin Sax a fortement encouragé cette collaboration pendant son mandat au sein du comité de la SGA (2010-2022). Depuis, divers stades de football (Zurich, Bâle, Lucerne, Saint-Gall) ainsi que des terrains de foot locaux et leurs greenkeepers/gardiens du terrain sont membres de la SGA.
Les greenkeepers sont désormais bien intégrés à Swiss Golf et y sont représentés au sein de la commission Durabilité: depuis 2018 par Franziska Iten, head greenkeeper au GC Entfelden, et depuis 2022 par Yannick Weber, course manager au Golf & Country Club Zurich-Zumikon.

Fusion en 2025
En 2025, les structures de la Swiss Greenkeeper’s Association ont été adaptées de manière à fusionner les deux sections en une seule association et à représenter l’allemand et le français de manière presque égale au sein du comité. L’association nationale est présidée par Lukas Andreossi (état août 2025). Laurent Liatard, head greenkeeper au GC Lausanne et membre du groupe de travail Swiss Golf sur la gestion durable des pelouses, occupe le poste de vice-président.
Cette fusion représente un tournant culturel pour le greenkeeping en Suisse. Après avoir été fondée conjointement par des Suisses alémaniques et romands il y a 33 ans, la SGA s’était séparée sur le plan organisationnel, mais elle est désormais réunie. Cela renforcera globalement le greenkeeping en Suisse. Au premier trimestre 2025, la SGA et Swiss Golf ont signé un accord de prestations: la fédération met à disposition des moyens financiers pour la formation et le perfectionnement des greenkeepers, qui apportent en contrepartie leur expertise à la commission Durabilité et aux groupes de travail de Swiss Golf. En outre, la SGA a posé les jalons de la professionnalisation et a mandaté en 2025 le SANU (Station suisse d’études pour la protection de la nature et de l’environnement) pour diriger le bureau de la SGA.

Focus sur la formation et le perfectionnement
Dans la publication commémorative des 25 ans de la SGA, Peter Harradine, architecte de golf et fils de Donald, a rédigé un message fort: «Les possibilités de formation pour les greenkeepers sont la base essentielle pour que cette profession soit et reste crédible. Pendant longtemps, les greenkeepers ont été considérés comme quantité négligeable dans les golfs d’Europe continentale. Il était et il est toujours difficile de transmettre le savoir des greenkeepers aux comités.»
La formation et le perfectionnement des greenkeepers a toujours été un souci fondamental pour la SGA. Dès la première réunion du comité central en 1992, Ian Tomlinson (head greenkeeper GC Lausanne) a suggéré de créer un certificat officiel pour les collaborateurs suisses de longue date travaillant sur les terrains de golf. Les employés étrangers n’avaient eux non plus de preuve de leurs années de travail sur les parcours suisses lorsqu’ils rentraient dans leur pays d’origine. La SGA a décidé de s’inspirer de la formation britannique, à savoir le Greenkeepers Training Committee (GTC), qui se concentre principalement sur les activités pratiques et ne prévoit que peu de théorie ou de cours. En 1996, la SGA a reçu David Golding (directeur du GTC britannique), qui a confirmé la certification du programme de formation suisse par le GTC. Cela était important, car c’était le seul moyen de garantir que l’ASG reconnaisse et soutienne la formation de la SGA. Un partenaire compétent a été trouvé en la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW). Gilbert Ayer (chef formation) a joué un rôle déterminant dans l’élaboration du programme d’enseignement à l’époque. Cette formation a été maintenue jusqu’en 2014, puis remplacée par une formation développée en collaboration avec JardinSuisses.
L’objectif premier de la SGA a toujours été que la formation et le perfectionnement aient lieu dans des écoles reconnues. Ainsi, de nombreux greenkeepers suisses ont été formés à l’école DEULA Rheinland et par l’Association française des personnels d’entretien des terrains de golf (AGREF).

Étapes importantes dans la formation professionnelle
A l’automne 1994, sous la direction de Bruno Edelmann, la SGA a organisé la première formation continue sur le thème de l’abattage, des règles de base, des outils, de la connaissance des tronçonneuses et de la prévention des accidents. Quelque 38 greenkeepers alémaniques ont participé à ce séminaire sur le parcours de l’OSGC Niederbüren.
L’Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP) a mis en vigueur trois nouvelles ordonnances en 1993. L’autorisation spéciale pour l’utilisation de produits phytosanitaires devait désormais être obtenue par chaque head greenkeeper de Suisse par le biais d’un examen. En 1995, la SGA a organisé, en collaboration avec la SANU (sanu future learning ag), un cours spécial pour les head greenkeepers en allemand et en français, suivi d’un examen final; 22 participants ont obtenu l’«autorisation spéciale pour domaines particuliers» (art. 45 de l’ordonnance sur les substances dangereuses pour l’environnement). Lorsque l’OFEFP a reconnu en novembre 1995 l’examen international de protection des végétaux passé à la DEULA Rheinland par des participants suisses, cela a eu un effet rétroactif à partir de 1990.
En 1996, Bruno Edelmann a été le premier greenkeeper suisse à être nommé examinateur par la DEULA Rheinland et élu par la Chambre d’agriculture de Rhénanie pour faire partie du jury de l’examen de formation continue de greenkeeper-agronome spécialisé dans l’entretien de parcours de golf.
En 1997, le premier greenkeeper suisse a été admis à l’examen de spécialiste agricole en entretien des terrains de golf à la DEULA Bayern à Freising. Le 22 avril 1997, la première formation menant au «Certificate in Greenkeeping» de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) a démarré à Wädenswil. Le nouveau certificat en entretien des terrains de golf a été délivré et reconnu par la SGA, le GTC et l’ASG. A l’occasion de la conférence du 22 octobre 1998 à Merlischachen, les sept premiers certificats de l’association suisse ont pu être remis. La section romande a organisé sa formation selon le même programme que le GTC et a également remis des diplômes en 1998. De nombreux greenkeepers ont profité de l’occasion pour suivre une formation en Suisse. Le besoin d’une profession reconnue en Suisse s’est fait sentir et de nouvelles structures ont donc été mises en place.
Au cours de l’hiver 2000/2001, la DEULA Bayern a lancé la première formation continue de course manager / head greenkeeper certifié par l’État. En 2003, Claudio Valaulta (Domat/Ems) a été le premier Suisse à obtenir son diplôme à la DEULA Rheinland.
Fin 2003, une délégation de la SGA, dirigée par Erich Steiner, architecte de golf à Thoune, a rencontré David Golding (GTC) et Dean Cleaver (FEGGA) à Manchester (Grande-Bretagne). La discussion portait sur la traduction de la norme britannique relative à la formation de greenkeeper de niveau 3. Jean-Bernard Mittaz, François-Louis Rey et Pierre Ambresin ont été désignés comme experts d’examen par le GTC.

En 2004, le comité de la SGA a décidé de retraduire l’intégralité du manuel du GTC en allemand et en français; à partir de 2005, ce matériel pédagogique a été utilisé à la ZHAW. Entre-temps, le comité de la SGA, en collaboration avec Erich Steiner, a examiné différentes possibilités de développer la formation des greenkeepers en Suisse. De nouveaux cours de head greenkeeper axés sur le leadership ont été proposés. Cependant, l’élaboration et la création d’une profession officiellement enregistrée avec apprentissage se sont avérées difficiles et ont été rejetées par les membres lors de la réunion d’automne 2008. Il a été décidé de s’engager dans une voie commune avec JardinSuisse (niveau examen professionnel jardinier en chef).
En 2012, après plus de 15 ans de formation nationale de greenkeeper, les experts d’examen de la SGA ont évalué les derniers candidats lors de leur travail pratique et leur ont remis le Certificate in Greenkeeping. De 1996 à 2012, plus de 200 participants de Suisse alémanique ont suivi les modules d’enseignement et 41 greenkeepers ont été certifiés.
En août 2013, la première formation a débuté avec près de 20 participants à l’Ecole cantonale d’horticulture d’Oeschberg (Berne) et à l’Institut agricole de Grangeneuve (Fribourg). Au printemps 2014, les premiers diplômés ont reçu le brevet fédéral de «jardinier en chef – spécialiste des gazons de golf et de sport». En fonction des modules suivis, les diplômés ont obtenu le certificat de l’association comme head greenkeeper ou greenkeeper.
En 2014, Franziska Iten (GC Entfelden) a été la première femme suisse à recevoir le certificat de head greenkeeper à la DEULA Rheinland.
La tentative d’établir une formation de spécialiste des terrains de golf et de sport dans le cadre de la formation continue de jardinier en chef de JardinSuisse a été brusquement interrompue avec l’adaptation à la nouvelle ordonnance fédérale sur la formation professionnelle en 2015. A partir d’août 2017, différents établissements suisses ont proposé des modules et des cours pour l’examen professionnel de jardinier en chef avec brevet fédéral. Les deux modules optionnels «pelouses de golf» et «pelouses de sport» font partie intégrante de cette formation continue.
Une commission de formation (composée d’Erich Affentranger, Martin Sax, Erich Steiner, Martin Rinderknecht, Markus Weibel et Niklaus Schwarz) a élaboré en 2017/2018 de nouvelles formations, toujours existantes, pour les greenkeepers et les head greenkeepers. Parallèlement, le centre de compétences Greenkeeping Suisse a été fondé.
Depuis 2018, Greenkeeping Suisse propose les deux modules «Golf» et «Sport» au centre de formation JardinSuisse Zurich (BZG) à Pfäffikon et à l’école d’agriculture de Grangeneuve (FR). Ils sont reconnus et cofinancés par l’Etat. Les participants peuvent soit suivre l’ensemble de la formation jusqu’à l’obtention du diplôme de greenkeeper de parcors de golf ou de spécialiste des terrains de sport, soit obtenir dans un premier temps le titre de greenkeeper assistant. La formation est soutenue par de nombreuses associations et groupements (SGA, VSSG, Swiss Football, PGA, ASGI, etc.) et jouit donc d’une grande reconnaissance. La dernière formation a débuté à l’été 2025 avec 14 participants.
Depuis 2022, il est (enfin) possible d’obtenir le diplôme de head greenkeeper en Suisse: grâce à des méthodes d’enseignement innovantes au BZG Pfäffikon, les participants bénéficient d’un accompagnement individuel par des enseignants de haut niveau. La formation peut être suivie en parallèle de l’activité professionnelle et dure environ un an.
Don Harradine (1911-1996)

Donald Leslie Harradine est né en 1911 à Enfield (Londres) et a grandi auprès de sa mère et de son beau-père Albert Hockey, qui avait ouvert l’une des toutes premières écoles de golf indoor dans le grand magasin Harrods et fabriquait des clubs de golf. Jusqu’à l’âge de 18 ans, «Don» portait le nom de famille de son beau-père. Dès son plus jeune âge, il s’intéressait à l’architecture des terrains de golf et se plongeait dans la littérature consacrée à ce sport qu’il preatiquait passionnément: il était un golfeur scratch.
Ne trouvant pas d’emploi dans le domaine du golf en Angleterre, Hockey s’nstalla avec sa famille sur le continent dans les années 1920. Auparavant, il avait reçu la mission à Bad Ragaz de transformer les 4 trous existants en un véritable parcours de 9 trous. C’est là que Donald Harradine, alors âgé de 14 ans, s’est intéressé pour la première fois au design de parcours de golf en tant qu’assistant de son beau-père. Pendant la phase de construction du parcours de Ragaz, Hockey est retourné à Londres, tandis que Harradine resta en Suisse et fonda en 1929 son entreprise Harradine Golf.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Harradine s’installa à Berne, où il travailla pour l’ambassade britannique et put mettre à profit ses connaissances linguistiques. Il était également greenkeeper, pro et caddiemaster au Golfclub Berne, dont le terrain était alors situé au Gurten. Harradine était un bon skieur et fit la connaissance de la Bernoise Babette Schletti en montant au téléski. Ils se marièrent, fondèrent une famille et s’associèrent également sur le plan professionnel. Babette Harradine devint manager de son mari, et c’est grâce à elle qu’il a pu gérer ses divers contrats de planification en Suisse et à l’étranger. La jeune famille vécut à Berne jusqu’en 1948, puis Donald Harradine reçut une offre de Lugano et la famille déménagea à Caslano. Aujourd’hui encore, cette localité du Tessin est le port d’attache de Harradine Golf. C’est désormais son fils Peter (*1945) et son petit-fils Michael Harradine (*1983) qui dirigent l’entreprise.
Bien qu’il parlait couramment le suisse allemand, Donald Harradine n’a jamais demandé la nationalité suisse. «Il ne voulait pas devenir un Suisse ‘de façade’ et est resté fier d’être anglais jusqu’à sa mort, le 26 septembre 1996 à Caslano. Mon père était le seul ‘étranger‘ de notre famille», raconte aujourdhui son fils Peter en riant.
Don Harradine a dessiné et construit 107 terrains de golf dans le monde entier, dont 17 en Suisse. À cela s’ajoutent six parcours en Suisse qui ont été planifiés mais jamais réalisés – dont Savièse, Ste. Croix et Sion en Suisse romande.
